Tiny House Conference – Rencontre avec le fondateur de la communauté Américaine

30/09/2021

Nous avons eu le plaisir de réaliser une interview un peu spéciale que nous ne sommes pas peu fiers de partager avec vous aujourd’hui. Notre invité, qui nous a rejoint le temps d’un échange online, nous vient des Etats-Unis et se nomme Zach Francis.

Zach Francis n’est autre que le co-créateur de la communauté internationale The Tiny House Movement.

Il nous a accordé un peu de son temps pour nous expliquer ses activités aux US. A travers nos questions, il nous parlera de l’histoire de la naissance du mouvement, nous évoquerons aussi les différences entre les législations américaines et françaises et la question des mentalités.

Notre mot de la fin portera sur l’annuelle Tiny House World Conference : évènement (online) incontournable pour les acteurs et passionnés de l’univers de la Tiny House. Pendant lequel nous aurons d’ailleurs le privilège de voir s’exprimer Jay Shaffer, figure légendaire à l’origine de l’émergence des Tiny Houses dans le monde.

Ecrit le 29.09.2021
Par Lucie et Guillaume de l’équipe Ma Petite Maison

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 L’entreprise de construction de Zach : ses débuts

Guillaume : Zach, pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Zach : Je m’appelle Zach Francis et je suis l’un des fondateurs de tinyhouse.com. C’est une plate-forme spécialement conçue pour aider, sensibiliser et responsabiliser les personnes qui souhaitent adopter un mode de vie « Tiny ».

 Guillaume : Comment est-ce que tout a commencé ?

 Zach : L’aventure a commencée il y a environ sept, huit ans. Avec ma famille, nous construisions des maisons « classiques », de taille « normale ». Notre père était charpentier, c’était un entrepreneur passionné et il nous a constamment transmis son savoir-faire au fil de ce qu’il apprenait dans la construction. Nous avons monté des maisons ensemble pendant quelques années pour finalement décider de franchir le pas et se lancer dans la construction spécifique de Tiny Houses.

Guillaume : Comment vous-êtes-vous lancé dans votre projet ?

Zach : Je me souviens de la toute première remorque que l’on avait commandée, elle était tellement longue qu’elle ne tenait pas entièrement dans le garage de mon frère. Au début, on n’avait pas de bâtiments adaptés, on a commencé comme ça, avec les moyens du bord.  Par contre, on savait qu’on voulait se spécialiser dans la construction de Tiny sur-mesure et luxueuses.

C’était une proposition assez novatrice pour l’époque et à ce moment-là, on a reçu des réactions assez partagées de la part de la communauté. Certaines personnes ont eu l’impression qu’on était en train de ruiner le concept fondateur du mode de vie « Tiny », à savoir « vivre une vie plus simple », « apprendre à vivre dans le minimalisme ». Alors que d’autres personnes étaient complètement enchantées par le concept et se sont dit « Ok, je n’ai jamais souhaité franchir le cap de la Tiny parce que tout ce que j’ai pu en voir était plutôt médiocre, pas forcément convaincant, ni même esthétique. Par contre, ce projet-là m’inspire. ». On était capable, de convaincre de nouvelles personnes de passer à la vie en Tiny House sans qu’ils aient de grandes concessions sur leur confort de vie actuel à faire. Construire le moins cher possible avec le moins de moyens possible, ce n’était vraiment pas ce qu’on avait envie de faire. Et finalement, même si nos produits ne pouvaient pas plaire à tout le monde, c’était une belle victoire pour nous.

Un tremplin pour les Tiny Houses


Guillaume : Parle nous un peu du succès que vous avez rencontré ensuite. Comment c’est arrivé ?

Zach : On a commencé par construire quelques modèles de Tiny Houses, qu’on a prises en photos puis ces photos ont été choisies pour figurer dans un article du Magazine « Country Living », c’est une publication connue en Amérique.

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On était ravis, celà nous a généré un flux de visites massif sur notre site web, puis on a commencé à recevoir des appels de productions audiovisuelles qui voulaient que l’on parle de nos activités lors de shows télévisés. On refusait à chaque fois, jusqu’à ce qu’une production nous dise « Vous savez que vous n’avez qu’une infime chance qu’une interview finisse réellement sur les écrans, alors pourquoi ne pas nous donner un tout petit peu de votre temps aujourd’hui et qui sait ? » et on a accepté, on s’est senti prêts. Au final, en près de 6 semaines, on est passé d’une simple interview à une série TV en direct qui nous était consacrée. C’était très encourageant et en même temps c’était un choc pour nous parce que notre objectif n’était pas de passer à la télévision mais ça s’est naturellement imposé et on a été capables de parler pour la communauté des  gens qui vivent en Tiny.

C’était une belle expérience, on se sentait comme en famille, tous les six dans l’aventure. Bien sûr, il y a eu de hauts et des bas. Des deadlines serrées par exemple, des moments stressants. On devait à la fois gérer les tournages et maintenir le rythme de production des Tiny. Il y a eu des jours super fun et des jours très durs où on a dû travailler d’arrache-pied pendant des heures.

Guillaume : Et votre vie de famille dans tout ça ?

Zach : Au fil du temps, on a commencé à avoir envie de fonder une famille chacun à notre tour, on a eu des enfants et on a tous ressentis le besoin de nous recentrer, de prendre du temps pour nous en famille. C’est à ce moment-là qu’on a décidé de passer les reines de l’entreprise, d’arrêter la construction des maisons et les tournages.

Les législation et les Tiny House aux US et dans l’Oregon

 

Guillaume : Qu’en était-il des législations, est-ce que ça vous a posé des problèmes ?

Zach : Ça a toujours été et ça reste une question compliquée. Ça a sûrement été la partie la plus difficile du projet. On avait un nombre incalculable de gens qui voulaient acheter une Tiny (50 à 100 contacts/ jour) mais ces personnes rencontraient de nombreux freins à l’achat. Pour certains c’était une question de budget (notamment la difficulté d’obtenir un prêt), pour d’autres c’était le problème du terrain où stationner la Tiny ou encore des complications au niveau des raccordements (à l’eau, l’électricité…).

Guillaume : Comment les Tiny étaient-elles considérées dans l’Oregon ?

Zach : Au tout début, dans l’Etat dans lequel était située l’entreprise, les projets étaient adoptés facilement puis tout d’un coup, il y a environ deux ans, le gouvernement est devenu extrêmement hostile aux Tiny Houses. Pour les porteurs de projets c’était : « non, on ne veut pas permettre l’installation de Tiny, on ne veut rien avoir à faire avec ça ». De notre côté on se disait que nos pratiques n’avaient rien de différent par rapport à avant.

Un an et demi après, on a même reçu des lettres disant de notre activité qu’elle était illégale, comme l’Etat n’acceptait plus les Tiny Houses. Nous avons quand même continué les constructions et les expéditions mais seulement à l’extérieur de l’Oregon car malgré les lettres de découragement, notre avocat nous avait rassuré sur le fait que l’Etat n’avait techniquement pas les moyens nécessaires pour stopper notre activité. Ça a été une période stressante mais on savait qu’on ne faisait rien de mal. Aujourd’hui la situation est devenue moins complexe, il y a eu du changement au gouvernement de l’état d’Oregon et même si ce n’est toujours pas l’Etat où l’implantation de ce type d’habitat sur le territoire est le plus facilement accepté, le gouvernement essaie désormais de trouver des moyens de le faire entrer dans les législations.

Guillaume : C’est vraiment intéressant.

Guillaume : En France, on a vraiment l’impression qu’aux US, c’est plus simple parce que le mouvement est plus massif et plus ancien, on se dit que la législation est plus légère. Mais ce n’est pas le cas.

Zach : Et oui, chaque partie prenante dans l’administration américaine (Pays, Etat, Comté, villes) a son mot à dire sur la zone qu’elle régit, de ce fait, les législations peuvent être changeantes.

Globalement, les problèmes rencontrés par les porteurs de projets surviennent au niveau des documents administratifs. Sur toutes les Tiny Houses qu’on a pu vendre, il y a eu très peu de cas où l’administration de la ville ou de l’Etat est intervenue pour faire déplacer l’habitant de Tiny de son lieu de résidence parce qu’il n’était pas en règle. C’est très rare ici.

Contrairement à la France, si quelqu’un dénonce votre Tiny House, la ville gèrera cette affaire à sa façon mais si vous n’êtes pas dénoncé elle ne viendra pas vous embêter. Ce qui freine les projets, c’est la peur dans l’esprit des maires, ils veulent garder une bonne image pour leur ville. Ça leur pose problème, par exemple, si l’habitat met des gens en danger parce qu’il prend feu… C’est ça qui les freine à accepter ce type de projet. Au fond c’est simplement parce que c’est quelque chose de nouveau.

Guillaume : Globalement on peut quand même dire que la situation s’améliore en faveur du mouvement ?

Zach :  Oui complètement. A Portland par exemple, l’administration est assez flexible et malgré des règles très strictes, dès lors que le projet est accepté, l’administration va sécuriser l’habitat et il n’y aura pas de risque d’être expulsé.

Guillaume : Ils reconnaissent vraiment la Tiny House en tant qu’habitat permanent. Je pense notamment au problème de la dénonciation en France, beaucoup plus récurrent qu’aux USA.

Le rôle des mentalités dans l’évolution des législations

La différence entre la France et les USA vient peut-être des mentalités et de la manière dont nous acceptons ou non la nouveauté ?

Zach : Oui, en France il y a beaucoup plus témoignages de gens qui ont été dénoncés par leurs voisins qu’aux USA. De mon point de vue, la situation en France est différente. Il y a moins de gens qui vivent dans des Caravanes et qui les stationnent n’importe où. Les choses sont plus réglementées. La grande majorité des gens qui vivent à l’année en caravanes sont des gens du voyage et ils sont souvent stationnés dans des camps bien définis. On peut penser que cette vie s’apparente plutôt à un choix. En Amérique, les choses sont différentes. Les gens qui vivent à l’année en caravanes sont plus diversifiés et n’ont parfois pas vraiment choisi ce style de vie, c’est parfois une nécessité.

Guillaume : C’est vrai qu’en France, c’est assez peu commun de croiser des gens qui vivent de façon permanente en caravane, si ce n’est les gens du voyage. Et probablement que beaucoup de gens assimilent le style de vie en Tiny avec celui en caravane et l’image qui en ressort n’est pas forcément très bonne. Sur les campements ce n’est pas toujours propre, pas toujours entretenu.

Zach : Et pourtant c’est le contraire. Quand je vois des gens en Tiny House, je trouve que ce sont très souvent des personnes qui cherchent à vivre de façon plus respectable de l’environnement. Ils ont une vraie vision de la vie qu’ils souhaitent mener, avec des valeurs. C’est totalement l’inverse de ce qu’on imagine si l’on associe la Tiny à la caravane de voyage.

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Des montagnes russes législatives jusqu’à la création de Tinyhouse.com

Guillaume : Lorsque tu parlais de la gestion de votre entreprise, tu as évoqué des tensions (liées aux législations) en « montagnes russes », tu pourrais nous en dire plus ? Est-ce à cause de ça que vous avez finis par vendre l’entreprise ?

Zach : Non heureusement. On a géré cette affaire pendant 5 ans. On peut dire qu’on a eu à peu près un an et demi où les législations étaient plutôt favorables à notre activité puis l’année et demi suivante ce n’était plus du tout pareil. C’est devenu beaucoup plus complexe et ces mêmes législations nous ont véritablement entravées. Ensuite je dirai que pendant les deux années qui ont suivi, la situation législative s’est détendue de nouveau. C’est ça que j’appelle les montagnes russes. Au final, lorsque l’on passé la main, la situation était de nouveau dans une passe positive. En réalité, ce dont nous avions le plus peur c’était d’être obligé de devoir fermer la boutique ou bien de devoir la déplacer. On n’avait vraiment pas envie de devoir quitter cet endroit où l’on avait tout construit.  

 

Guillaume : Est-ce que ce sont ces « montagnes russes législatives » qui t’ont donné envie de fonder la Tiny House Community et de faire du « lobbying positif » pour que les choses bougent dans le bon sens ?

 

Zach : L’idée de la Tiny House Community c’est vraiment que les gens puissent s’aider les uns les autres et rassembler le plus de sujets et d’informations sur la table possible. Selon moi, tout ça influence naturellement et positivement l’industrie de la Tiny.

Exemple, si une personne trouve le moyen de financer une Tiny House dans l’Oregon mais que personne d’autre dans le reste de l’Etat ne sait comment il a fait, ça ne va pas profiter ni à l’industrie, ni à personne. C’est parce que chaque personne partage de son expérience que les expériences globales s’améliorent.

On a réalisé à travers notre propre expérience, que les constructeurs étaient assez isolés les uns des autres et que donc logiquement l’information l’était aussi. Les clients se contentaient parfois des conseils d’un seul constructeur et les informations pouvaient être biaisées. A partir de là, c’est devenu clair pour nous : connecter nos connaissances ensemble ne pouvait que nous faire grandir plus vite. Ça c’est une des raisons principales pour laquelle on a créé la communauté.

Il y a aussi eu l’arrêt des évènements en présentiel pendant le confinement, qui nous a donné une excellente opportunité de reconnecter les gens ensemble online, les encourager. C’est à ce moment là que les conférences online ont commencées puis la communauté s’est naturellement agrandis petit à petit. On était persuadé qu’il y avait un besoin et le succès des différents évènements nous l’a confirmé. La Tiny House Communityrelié des gens entre eux, leur a donné accès à de l’information, les a aidé à solutionner les problématiques qu’ils avaient sur leur projet Tiny

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Des informations vérifiées à portée mondiale 

Guillaume : Lorsque tu as créé la communauté, tu avais imaginé que ça prendrait des proportions mondiales ?

Le dernier évènement organisé par la Tiny House Community était un petit évènement, comparé à la conférence annuelle mais il a réuni des personnes de 12 pays différents malgré les décalages horaires. C’est encourageant.

Zach : Non, non, on ne l’imaginait pas. On savait qu’on pouvait agir au niveau de l’Amérique déjà et puis des personnes du monde entier ont manifesté leur intérêt à partager leurs connaissances avec nous. Et on s’est dit génial, certains pays ont très probablement des compétences techniques, législations ou solutions que nous n’avons pas encore imaginées et vice versa. C’est intéressant d’observer les problématiques de chacun d’un point de vu mondial, de peser le pour et le contre entre chaque pays parce qu’au fond notre objectif est commun.

Guillaume : Ce que j’aime particulièrement au sein de la Tiny House Community ce sont les nouveaux sujets apportés par des gens qui ont une expertise intéressante sur le sujet.

Guillaume : Je tiens aussi à noter que les modérateurs font un très bon job sur le site, cela permet un partage d’informations et des échanges extrêmement qualitatifs. A la grande différence des groupes Facebook autour de la Tiny House par exemple. C’est une vraie valeur ajoutée selon moi.

Guillaume : Combien de speakers avez-vous qui s’expriment sur le site aujourd’hui ?

Zach : Un peu plus de trente

Guillaume : Je vais mettre le lien de la Tiny House Community et celui de la Conférence dans la description de la vidéo et dans l’article que j’écrirai suit à cet interview.

Avec un peu de chance, les personnes qui verront cette vidéo aurons envie de rejoindre la communauté. Elle dispose aussi de sous-groupe européens. Ce serait super !

Zach : Oui, c’est super. On apprécie vraiment cette dynamique et je vais poursuivre sur ce que tu disais : Quelque chose qui est extrêmement important pour nous, au fur et a mesure que la communauté s’agrandit, c’est maintenir la confiance en la qualité des informations qui existe sur le site. Nous sommes reconnaissants envers ceux de notre communauté qui participent et qui nous aident à monitorer les informations partagées sur le site. On ne veut définitivement pas de fake news, ni d’informations non avérées. C’est effrayant sur certains groupes Facebook, certains comptes Instagram ou autres biais d’informations lorsque certaines personnes postent des informations qui peuvent être douteuses auxquelles les gens peuvent croire. C’est vraiment ce qu’on ne veut pas avoir et on est super reconnaissants d’avoir des gens dans la communauté qui veulent vraiment que l’information partagée soit de qualité et qui travaillent dur pour que ce soit possible.

Guillaume : Merci beaucoup Zach pour cette discussion. Merci pour tout le travail que tu fournis avec ton frère sur la plateforme. On se reverra lors de la conférence ! Avec tous les gens qui aurons vu cette vidéo aussi, on l’espère. Ma Petite Maison aura la chance de s’exprimer pour la conférence ce vendredi 1er Octobre vers 17h.

Conclusion

L’année dernière nous avions eu le privilège d’entendre s’exprimer Jay Shaffer, est-ce qu’il sera présent aussi cette année ?

Zach : Oui, la légende du mouvement Tiny House sera là aussi cette année encore. Ça va être vraiment super. L’évènement se déroulera du jeudi 30 Septembre au samedi 2 Octobre

Guillaume : Merci beaucoup Zach de nous avoir fait l’honneur de ta présence aujourd’hui

Zach : Merci beaucoup Guillaume, c’était un réel plaisir d’échanger avec toi aujourd’hui

Découvrez la vidéo complète ici 👇🏻

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